
Dans nos relations intimes et sociales : l’attachement sécure, évitant, anxieux et désorganisé
Je m’inspire de l’ouvrage de psychopathologie de Michel Delbrouck pour vous parler de la théorie de l’attachement qui nous donne des clés concernant nos fonctionnements relationnels : nos relations sociales et en particulier nos relations amoureuses dans lesquelles la manière dont nous nous sommes liés à nos parents finit par se calquer avec notre partenaire.
Selon ses théoriciens, les bébés naissent avec des "Modèles Internes Opérants" d’attachement, qui se transmettent de manière transgénérationnelle (c’est-à-dire par les liens psychiques entre les membres d’une famille et leurs aïeuls). Ces modèles se complètent dès les premières années et se conservent toute la vie (sauf maladies, ruptures...). On peut quand même se questionner ici sur les risques d’un déterminisme !
Cette théorie est introduite par John Bowlby – psychiatre et psychanalyste britannique - entre 1969 et 1980. Puis, Mary Ainsworth – psychologue du développement - va fonder la théorie de l’existence de schèmes d’attachements dans la première année de vie : attachement sécure, évitant, anxieux et plus tard désorganisé.
Ces modèles nous éclairent sur nos propres attachements. Néanmoins, selon le Dr. Nicole Guédeney, "l’attachement de qualité sécure n’est pas le synonyme d’une vie merveilleuse où tout serait facile et l’attachement de qualité insécure n’est pas une fatalité".
Qu’est-ce que cet attachement ?
Le lien d’attachement n’est pas synonyme d’amour ou d’affection, mais il est basé sur le besoin de sécurité, de protection et de contacts sociaux, fondamental chez les nourrissons et petits enfants qui s’attachent à ceux qui les soignent.
Pour se développer socialement et émotionnellement, un jeune enfant a besoin d’une relation d’attachement avec au moins une personne qui va prendre soin de lui de manière cohérente et continue (caregiver).
Dès sa naissance, il met en place des stratégies d’adaptation à son environnement relationnel. Ainsi, il intériorise la relation avec sa figure d’attachement et forme son Modèle Interne Opérant (dans lequel il y a ses propres perceptions de lui-même et les attentes qu’il perçoit de sa figure d’attachement : cela lui permet d'anticiper les réactions d’autrui).
Pour Bowlby, l’attachement à la figure maternelle sert de base de sécurité à l’enfant pour explorer l’environnement. L’attachement est apaisant car la figure maternelle lui offre un contenant psychique qui compense son immaturité face aux dangers (peur, douleur, angoisse de séparation…). Ce lien, devenant intériorisé, servirait ensuite de modèle à toutes les relations intimes et sociales.
L’attachement réussi consisterait en la réponse appropriée à tous les signaux de l’enfant, permettant la construction du sentiment de confiance en soi et de sécurité du bébé qui affrontera mieux les séparations et les épreuves à venir. Cependant, il ne peut se former que s’il y a eu des milliers d’interactions réussies (soins rapides apportés après la demande du besoin, dans la sensibilité, la permanence des soins et leur efficacité), et un petit nombre d’interactions non réussies, mais qui n’ont pas été destructrices.
Les 4 modèles d'attachement et leurs impacts dans nos relations
* LE MODELE SECURE
> Il se développe quand la figure maternelle est disponible et sensible aux signaux de l'enfant. Elle répond de manière adaptée à ses besoins, accepte les émotions de l’enfant, se montre très affectueuse et toujours constante dans ses réponses. Cela lui permet d’avoir confiance et de savoir que son parent va répondre quand il sera en danger.
> Cette personne adulte est dans un état d’esprit autonome, peut penser à ses figures d’attachement sans se laisser déborder par les émotions liées aux souvenirs. Elle s’enrichit de ses relations affectives, familiales et amicales sans en être complètement dépendante. Elle exprime ses émotions sans problème, recherche un soutien quand nécessaire et a une bonne estime de soi. Elle est surtout à l’aise dans l'intimité de la relation avec l’autre, sans craindre d’être abandonnée ou envahie. Elle ne craint pas d’être seule parce que non dépendante de l’approbation extérieure.
* LE MODELE EVITANT
> Il est lié à des interactions intrusives ou rejetantes de la part de la mère, surtout quand l’enfant vit une vulnérabilité émotionnelle. La mère tient peu compte de l’état émotionnel de l’enfant. Il y a peu de plaisir et d’harmonie dans la relation et souvent la mère rejette le contact physique. L’enfant n’a donc aucune confiance dans les réponses de sa mère et s’attend à être repoussé quand il cherchera réconfort et protection. Il tente donc de vivre sans soutien de la part des autres. Il ne recherche pas le contact, il reste dans l’évitement et l’indifférence.
> Cette personne adulte est dans un état d’esprit détaché et exclue de manière défensive ses états affectifs. Elle évite de parler de ses expériences passées en rapport avec l’attachement et se montre indifférente émotionnellement dans les relations. Elle se présente comme ayant confiance en elle, mais pas dans les autres. Dans ses relations amoureuses, elle recherche fondamentalement l'amour et l'intimité mais de par son expérience passée, elle a un niveau élevé d’indépendance et évite cette intimité justement par peur d'envahissement ou de trop souffrir. Elle estime ne pas avoir besoin de proximité, parce qu’inconsciemment, elle va se sentir menacée quand l’autre se rapproche trop émotionnellement. Elle recherche peu la validation d’autrui et ne croit pas qu’un/e partenaire puisse lui offrir du soutien émotionnel.
* LE MODELE ANXIEUX
> Il est associé à une incohérence des réponses maternelles entre disponibilité et rejet. L’enfant, en état de confusion, n’est pas sûr de la réponse ni que son parent sera disponible s’il fait appel à lui. Comme il hyperactive son système d’attachement, il est sujet à l’angoisse de séparation, s’accroche à sa mère et se montre angoissé pour explorer le monde. La mère a des problèmes personnels irrésolus, fait combler son manque affectif par l’enfant, le culpabilise, fait du chantage émotionnel, est exagérément affectueuse puis non disponible et maintient une relation de dépendance.
> Cette personne adulte est dans un état d’esprit préoccupé. Ses pensées semblent prises par ses expériences passées et ses relations avec ses parents. Elle semble débordée par ses émotions liées au passé et manque de confiance en soi. Donc, dans l’intimité, elle cherche un niveau élevé de proximité, de sécurité, de stabilité et l’approbation permanente de son/sa partenaire, et se sent ainsi très dépendante. Elle craint plus que tout le rejet ou l’abandon et a tendance à s’accrocher, voire à devenir étouffante quand elle se sent menacée de perdre l'autre. Elle reste donc en hypervigilance au moindre signal de sentiment d’insécurité.
* LE MODELE DESORGANISE
> Il est associé à des attitudes contradictoires ou incompréhensibles. L’enfant prend des attitudes contrôlantes pour tenter de structurer le parent, il associe la recherche et en même temps l’évitement du contact. Sa stratégie d’attachement est incohérente. La mère présente des signes de désorganisation, de deuils ou traumatismes non résolus, une dépression. Elle peut avoir un comportement effrayant (elle maltraite) ou effrayé (quand elle a été maltraitée). Elle est dans un état d’appréhension du danger.
> Cette personne adulte est dans un état d’esprit désorganisé quand elle évoque des expériences traumatiques (perte, séparation, abus). Sa pensée ou sa logique sont perturbées. Dans les relations intimes, elle alterne l’attachement évitant et anxieux dans un comportement ambigu. Elle veut l’intimité mais se sent mal à l’aise dans cette proximité.
La psychothérapie permet, en cas d’attachement non sécure, de prendre conscience de son modèle de relation reproduisant celui mis en place dans l’enfance - qui est utilisé de manière exclusive et défensive - et de recréer, avec l'aide du thérapeute, un climat de sécurité permettant d’éprouver un attachement plus sécure dans ses relations.